REPORTAGE : Jazira/Rojava

165 photographies - 23 janvier 2026

Une semaine après l’offensive lancée par des forces loyales à la Syrian Arab Army contre les positions des Syrian Democratic Forces (SDF) le long de la vallée de l’Euphrate, le fleuve est redevenu une frontière — fluide, instable, irrésolue. De Raqqa à Al-Bukamal et Deir ez-Zor, il s’agit d’une géographie suspendue entre des souverainetés mouvantes. À Al-Shaddadi, l’enceinte pénitentiaire — jusqu’à récemment sous contrôle des SDF — se dresse vidée et sous tension après une évasion massive de détenus soupçonnés d’affiliation à l’ISIS.

De l’autre côté du fleuve, les traversées s’improvisent. Des radeaux de fortune et des embarcations rafistolées transportent des civils entre des rives autrefois reliées par des ponts aujourd’hui détruits — d’abord par des années de guerre civile, plus récemment par les affrontements entre Damas et les forces kurdes. Faute d’une assistance étatique visible, les habitants s’organisent pour réparer, consolider ou simplement remettre en service ce qu’il reste des points de passage.

À Al-Tabqa, la statue d’une combattante kurde — autrefois érigée comme symbole de résistance contre l’ISIS — a été abattue par des habitants après l’entrée de l’armée dans la ville. À Deir ez-Zor, les destructions héritées des premières phases de la guerre civile syrienne encadrent des scènes de vie quotidienne qui évoquent Stalingrad ou Dresde. Raqqa, autrefois connue pour un tissu social relativement progressiste, porte encore l’ombre des années passées sous le contrôle de l’État islamique autoproclamé, puis de l’administration des SDF. Aujourd’hui, son avenir paraît de nouveau incertain. La possibilité d’une reprise des actions de l’ISIS plane sur la région, alors que les vides sécuritaires s’élargissent et que les alliances se recomposent.

Dans la Jazira (en arabe) ou Rojava (en kurde), les civils reconstruisent des passages tandis que le sol sous leurs pieds demeure instable.



One week after the offensive launched by forces loyal to Syrian Arab Army against positions of the Syrian Democratic Forces (SDF) along the Euphrates valley, the river has become once again a frontier — fluid, unstable, unresolved. From Raqqa to Al-Bukamal and Deir ez-Zor, it's a geography suspended between shifting sovereignties. In Al-Shaddadi, the prison compound—until recently under SDF control—stands emptied and tense in the aftermath of a mass escape of detainees suspected of affiliation with ISIS.

Across the river, crossings are improvised. Makeshift rafts and patched boats ferry civilians between banks once connected by bridges now destroyed—first by years of civil war, more recently by clashes between Damascus and Kurdish-led forces. With little visible state assistance, residents organize themselves to repair, reinforce, or simply reactivate what remains of the crossings.

In Al-Tabqa, the statue of a Kurdish female fighter—once erected as a symbol of resistance against ISIS—has been pulled down by locals following the army’s entry into the town. In Deir ez-Zor, destruction from earlier phases of the Syrian civil war frames scenes of daily life recalling Stalingrad or Dresden. Raqqa, once known for its relatively progressive social fabric, still carries the shadow of its years under the so-called Islamic State and its subsequent administration by the SDF. Today its future feels uncertain again. The possibility of renewed ISIS activity hovers over the region, as security vacuums widen and alliances realign.

In the Jazira (in Arabic) or Rojava (in Kurdish) civilians rebuild crossings while the ground beneath them remains unstable.

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