Plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie se confronte à elle-même. Après des décennies d’influence européenne, soixante années de dictature militaire sous la bannière du panarabisme et treize années de guerre civile, le pays entre dans une incertaine « année zéro », où les anciennes structures se sont effondrées tandis que les nouvelles demeurent fragiles et inachevées.
Ce travail traverse une Syrie où la vie quotidienne reprend prudemment à Damas et à Alep : les cafés rouvrent et un espoir lointain de normalité — voire de tourisme — réapparaît lentement. À Maaloula, la fête de la Sainte-Croix est célébrée dans une forme réduite, reflet des craintes d’éventuelles attaques de l’EI. Dans la capitale, les marches après la prière du vendredi à la mosquée des Omeyyades signalent à la fois la fin de la répression et la réappropriation de l’espace public.
Ailleurs, les fractures restent visibles : un raid israélien à Beit Jinn ; de graves pénuries de soins de santé dans l’Idlib rural ; des travailleurs des décharges à Alep survivant aux marges de l’économie d’après-guerre ; et la vie qui revient progressivement parmi les ruines de Yarmouk. Le lien entre les populations locales et le fleuve Euphrate apparaît également clairement. Tandis que la reconstruction lente des ponts se poursuit, un flux continu de personnes traverse le fleuve à bord de radeaux et d’embarcations improvisés.
À travers villes et périphéries, les camps de déplacés se sont transformés en installations permanentes, les économies informelles prospèrent, l’administration se reconfigure de manière inégale, et des actes de vengeance coexistent avec des tentatives de réconciliation. Les minorités, le pouvoir et la redéfinition du tissu social syrien se trouvent désormais au cœur de l’avenir du pays.
À l’image de certaines régions d’Europe après la Seconde Guerre mondiale, la Syrie semble suspendue entre dévastation et réinvention, naviguant dans l’incertitude aux côtés de signes fragiles de renouveau. En ce sens, la Syrie contemporaine devient un prisme à travers lequel la complexité du réel se révèle, où les identités se façonnent en permanence dans une négociation entre individus et contexte, entre continuité et transformation.
In the second half of 2025, one year after the fall of Bashar al-Assad’s regime, Syria confronts itself. After decades of European influence, sixty years of military dictatorship under the guise of pan-Arab politics, and thirteen years of civil war, the country enters an uncertain “year zero,” where old structures have collapsed while new ones remain fragile and unresolved.
This work moves through a Syria where daily life cautiously resumes in Damascus and Aleppo, with cafés reopening and a distant hope of normality—and perhaps tourism—slowly re-emerging. In Maaloula, the Feast of the Holy Cross is celebrated in reduced form, reflecting fear of possible ISIS attacks. In the capital, marches after Friday prayers at the Umayyad Mosque signal the end of repression and the reoccupation of public space. Elsewhere, fractures remain visible: an Israeli raid in Beit Jinn, severe healthcare shortages in rural Idlib, landfill workers in Aleppo surviving at the margins of the postwar economy, and life gradually returning among the ruins of Yarmouk. Across cities and peripheries, displaced camps have become permanent settlements, informal economies thrive, bureaucracy reshapes itself unevenly, and acts of revenge coexist with attempts at reconciliation. Minorities, power, and the redefinition of Syria’s social fabric now stand at the center of the country’s future. Like parts of Europe after World War II, Syria appears suspended between devastation and reinvention, navigating uncertainty alongside fragile signs of renewal. In this sense, contemporary Syria becomes a lens through which the complexity of reality emerges and where identities are continuously shaped through negotiation between individuals and their context, across both continuity and transformation.
Damas, Syrie – décembre 2025. Deux membres des forces armées...
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