REPORTAGE : Medyka

21 photographies - 03 mars 2022

Un ciel blanc, un froid glacial, et le bruit des groupes électrogènes qui tournent sans arrêt : nous sommes à Medyka, village à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, une semaine après l’invasion russe du 24 février 2022. La première vague de personnes fuyant l’Ukraine arrive, mais les municipalités qui bordent la frontière ne sont pas prêtent à les accueillir. De petites ONG s’installent au compte-goutte, les principales ne sont pas encore là. Des bénévoles venus de toute la Pologne essaient d’organiser au mieux les zones d’accueil. Après avoir traversé l’Ukraine pour atteindre la frontière, les réfugié·es arrivent à Medyka avec déjà plusieurs nuits blanches derrières elles. La plupart sont des femmes, parties avec leurs enfants et quelques affaires dans les valises. Beaucoup tentent de rejoindre de la famille ou des contacts qu’elles ont en Europe. Mais l’attente est longue. Il n’y a pas assez de bus pour se rendre à la prochaine ville, Przemyśl, où il faudra attendre à nouveau avant de partir vers les principales villes de Pologne ou d’Europe.

Dix jours à Medyka ; à monter des tentes dans la boue et le froid, distribuer des couvertures et des repas chauds, ramener de l’essence pour remplir les groupes électrogènes afin de garder les chauffages allumés en permanence. Des colis de dons arrivent, parfois remplis d’affaires inutiles. Il faudrait les trier, mais il n’y a pas assez de bénévoles, alors les cartons éventrés s’entassent. Les jours se ressemblent, avec toujours ce même ciel blanc, ce même froid glacial, ce bruit de moteur incessant, cette même fatigue sur les visages. Il y a des photographes partout, certains se ruent sur des familles à peine arrivées. Sortir mon appareil devient gênant. À la demande des personnes exilées, les centres d’accueil de Przemyśl et Korczowa finissent par interdire l’accès aux photographes. Autour de ces centres, de nombreux bénévoles venus de Pologne ou de pays voisins proposent par l’intermédiaire de pancartes des logements gratuits ou des trajets en voiture. Un bel élan de solidarité, conforté par les gouvernements des pays européens qui vont très rapidement débloquer des fonds, ouvrir des lieux d’hébergements, et offrir un statut de « protection temporaire », permettant aux personnes exilées l’accès au marché du travail, au logement, à l’aide sociale et médicale, à la scolarisation des enfants et à la libre circulation dans l’espace Schengen. L’Europe ouvre ses portes. On est loin du traitement réservé à celles et ceux désigné·es comme « migrants », qu’on criminalise, qu’on enferme, qu’on trie, qu’on « re-localise » ou qu’on expulse ; preuve du racisme sous-jacent de la politique migratoire de l’Union européenne.

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