MA FI AHLA
(Il n'y a rien de plus beau)
Banlieue sud de Beyrouth, 5 heures du matin. Hamid, 32 ans, et son frère Ahmed, 29 ans, démarrent leurs scooters. Direction l'hippodrome. L'un est palefrenier, l'autre jockey, comme leur père et leurs grands frères avant eux. Des métiers qui leur sont chers, mais qui ne rapportent pas gros.
Avec la hausse des paris clandestins, la baisse de la fréquentation et le manque d'engagement de la municipalité, de moins en moins de propriétaires entraînent leurs chevaux à l'hippodrome. Selon la Sparca*, l'organisme qui gère les courses, il ferait vivre directement et indirectement 3 000 familles. Si ses grilles venaient à fermer, c'est tout un bassin d'emploi qui serait menacé : agriculteurs, éleveurs, palefreniers, entraîneurs, jockeys, etc. La majorité des palefreniers et des jockeys vivent dans les quartiers populaires à l'ouest de l'hippodrome, autour des camps tristement célèbres de Sabra et Chatila. Ces métiers se transmettent de père en fils : à défaut d'aller au collège, les plus jeunes aident leurs aînés aux écuries, dans l'espoir d'être un jour embauchés.
«Il n'y a rien de plus beau que ce boulot, tu passes toute ta journée avec des chevaux !», regrette Mehdi, 38 ans, qui a du abandonner le métier de palefrenier pour chercher un travail mieux payé. Les anciens aiment à raconter l'âge d'or, dans les années 1960, où les conditions de travail et les salaires étaient bien meilleurs. On comptait à l'époque plus de mille chevaux à l’entraînement… Ils ne sont plus que trois cents aujourd'hui. Offre de travail, salaires, primes : tout est revu à la baisse.
La municipalité de Beyrouth a réalisé plusieurs audits sur le projet de rénovation de l'hippodrome, mais les propriétaires ne feront pas naître plus de poulains tant qu'ils ne verrons pas les premiers travaux. Quant aux employés, rien ne garantit qu'ils profiteront des retombées de ces investissements.
Loin des paris et des courses, un portrait de ces hommes aux rôles essentiels, laissés-pour-compte.
* Société pour la protection et l'amélioration de la race chevaline arabe.
Entraînement des chevaux de courses, hippodrome de Beyrouth,...
JMA0005001 Détail