La Seine-Saint-Denis est l’un des départements les plus touchés par la désertification médicale. La Courneuve, avec ses 42 000 habitants, ne compte que 18 médecins généralistes. Une pénurie de professionnels de santé qui se traduit par des délais d’attente interminables et un renoncement aux soins pour beaucoup. Mariama, 65 ans, infirmière libérale, parcours les rue de La Courneuve depuis plus de 20 ans. Si elle continue d’exercer, c’est par passion, mais aussi par dépit : personne ne veut reprendre son cabinet. "La Courneuve a mauvaise réputation", soupire-t-elle. Ses tournées la mènent chaque jour chez une trentaine de patients. Beaucoup sont diabétiques, en perte d’autonomie ou simplement isolés. Certains ne parlent pas français, peinant à comprendre leurs prescriptions ou à remplir leurs carnets de suivi. Mariama leur traduit, leur explique, les rassure. Sa voix, ses gestes sont aussi essentiels que les soins qu’elle prodigue. Aller vers ceux qui ont disparu de radars.Charlotte, 43 ans, est médecin au centre de santé municipal. Elle ne se contente pas d’attendre les patients dans son cabinet car elle sait que beaucoup ont abandonné pour de multiples raisons. Un jour par semaine, elle va vers les patients. Guidée par Mariama, l’infirmière ou Monique, employée du bailleur social, elle parcourt les couloirs des grands ensembles à la recherche de ceux qui ont disparu des radars du système de soins.
© Bruno FERT / Divergence
Mariama gare sa voiture dans une rue de La Courneuve. Il est 7h30 et le jour se lève à peine. Mariama est infirmière libérale. Elle a 65 ans.
Le mail de Fontenay à La Courneuve est l’un des derniers bâtiments encore debout de l’ancienne cité des 4000. Le mail sera détruit d’ici deux ans mais la moitié des appartements sont encore occupés. Beaucoup de patients de Mariama vivent dans le quartier 4000.
Mariama soigne M. Pierre devant sa porte car il conserve trop de choses dans son appartement pour que l’infirmière puisse y rentrer.
M. Pierre fait la sieste dans son appartement encombré d’objets qu’il ramasse chaque jour dans la rue.
Charlotte, égarée, cherche la porte d’une patiente. Une fois par semaine, Charlotte sort de son cabinet pour aller au devant de personnes qui ont des difficultés d'accès aux soins et se sont coupées des services de santé.
Après plusieurs visites de la médecin, la locataire se plaint de problèmes de santé et accepte de sortir sur le palier se faire examiner. La consultation se tient alors dans l’escalier. Pour Charlotte, « Aller vers » les habitants de La Courneuve permet de leur proposer des soins avant que les difficultés ne soient installées et plus complexes à traiter.
Mme Martin, 86 vit seule alors qu’elle est dépendante et ne peut plus se déplacer toute seule. Ses deux filles se relaient chaque jour pour lui préparer à manger et l’aider à faire sa toilette.
Mélina passe une visite médicale durant laquelle Charlotte va s'apercevoir que la jeune fille ne bénéficie pas de couverture médicale. Melina sera orienté vers une assistante de santé du Centre médical municipal de la Courneuve.
Mariama se rend chez un de ses patients dans le Mail de Fontenay. Mariama travaille à La Courneuve depuis 20 ans. Elle en connaît par cœur les bâtiments, leurs escaliers et leurs ascenseurs qui tombent régulièrement en panne.
Porte d'ascenseur de la tour Leclerc de l’ancienne Cité de 4000.
Vue depuis sur La Courneuve depuis la fenêtre de l’appartement où vivent Abdulaï, sa femme et sa fille. .
Mariama redresse une patiente de 89 ans pour lui donner son traitement. Mariama rend visite à 30 patients chaque jour. Elle croit que ses longues tournées, effectuées à pied, la maintiennent en forme.
Mariama remplit un carnet de suivi de glycémie. Beaucoup de patients de Mariama parlent d’autres langues que le français. Ils ne peuvent pas lire les notices des médicaments ou remplir les documents de suivi de traitement.
Yvette et Mariama se serrent dans les bras. Les deux femmes se connaissent depuis très longtemps. Mariama venait soigner le mari d’Yvette décédé il y a plusieurs années.
Une lapin en peluche décore l'intérieur de l'appartement d’Yvette. Yvette a emménagé à la cité des 4000 en 1965. Yvette venait d’un immeuble parisien sans eau courante. Elle a vécu dans les barres Renoir puis Presov avant leur destruction, pour arriver dans la tour Leclerc dans les années 90.
Charlotte s’entretient avec une enfant lors d’une consultation dans son cabinet au centre municipal de santé de La Courneuve.