Cota Cota Baja, une nouvelle Bolivie

Cota Cota Baja était jusqu'en 1962 un vaste Latifundio sur l'altiplano bolivien, juste au bord du lac Titicaca. Les paysans y travaillaient gratuitement pour le propriétaire six jours par semaine, ce qui leur donnait juste le droit de cultiver un minuscule lopin pour eux mêmes, le dimanche. De luttes en occupations les serfs ont enfin pu se débarrasser de leur exploiteur et gérer pour eux mêmes la centaine d'hectares sur laquelle ils s'échinaient. Bien loin de là Evo Moralès, était encore enfant mais la paysannerie bolivienne possédait déjà des structures syndicales que le futur « cocalero » devenu président utiliserait un jour pour conquérir le pouvoir et donner à la Bolivie le premier président indigène de son histoire. C'est d'ailleurs à Cota Cota Baja qu'est né et a vécu David Choquehuanca,un autre paysan Aymara devenu le ministre des affaires étrangères d'Evo Moralès. Ces paysans qui accédaient à la liberté ont dès le début mis au point un système de gestion commune des terres qui, s'il a inspiré nombre d'autres communautés, reste encore expérimental et plutôt exemplaire. Chaque paysan reste maître chez lui et cultive son arpent comme il l'entend, mais la gestion commune des espaces, de l'irrigation à l'école, en passant par la voirie et l'électricité est collective, et la justice de base est rendue par des élus dont le mandat ne peut être supérieur à un an, ni renouvelé. Chaque nouveau membre de que l'on appelle « l'autorité » reçoit un poncho rouge, signe de sa fonction et un bâton coloré,  «  le Chicote »  qu'il arborera tout au long de son mandat. Mais pour autant, ces éphémères élus ne décideront pas de tout, et en fait même de pas grand chose puisque c'est une assemblée mensuelle et obligatoire, ou le partage de feuilles de coca est de mise, qui tranchera toutes les questions communes, de la rénovation du mur de l'école au prolongement du réseau d'eau courante, à charge pour les élus d'appliquer les décisions. Au delà de l'administration locale, ces paysans Aymara qui ne parlent entre eux que cette lointaine langue Inca, sont pour l'essentiel de fermes soutiens du MAS, le parti d'Evo Moralès et participent à la définition d'une politique qui prenne en compte les réalités ethniques, d'ailleurs compliquées de la Bolivie ainsi que les enjeux agronomiques et économiques dont leur président a fait un étendard. C'est à dire qu'au contraire d'une agriculture industrielle et productiviste en vogue dans la zone riche et tropicale du pays, les paysans de l'Altiplano développent une agriculture de subsistance basée sur le respect de la terre, la fameuse Pachamama, des productions de qualité que l'on qualifierait chez nous de biologiques et la recherche d'un équilibre cosmique, quasi mystique entre les besoins de chacun et les possibilités que donne la terre. C'est la philosophie du « Buen Vivir » ancrée dans la psychologie indigène et totalement en rupture avec les dogmes économiques occidentaux.

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